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Jeunes en difficulté : soigner leur corps, avant de les envoyer vers un psy !

Dinah Verlan, médecin généraliste, a crée « l’Espace Santé Jeunes » à l’Hôtel Dieu à Paris. Elle témoigne de ses consultations auprès de centaines d’adolescents en ruptures familiales, sociales, culturelles. Ces jeunes en difficulté ont avant tout besoin qu’on s’occupe de leur santé, de leur corps, des carences en fer, en vitamine D… des maladies non détectées et donc pas soignées…plutôt que de les orienter systématiquement vers un psy.

Une journée au CIDJ consacrée aux jeunes en situation difficile

Les professionnels de l’accueil, de l’information et de l’orientation (AIO) des jeunes à Paris se sont réunis lors de la journée- rencontres qui a lieu en novembre dernier au CIDJ pour échanger sur leurs pratiques et les dispositifs qu’ils mettent en œuvre pour aider les jeunes en situation difficile. A cette occasion, Dinah Verlan, médecin de l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, a témoigné sur son quotidien à « l’Espace Santé Jeunes », espace qu’elle a mis en place il y une dizaine d’années à l'Hôtel Dieu. Elle y reçoit en consultation des jeunes malmenés par la vie et aussi, paradoxalement, par les institutions sensées les protéger ! Elle vient d’écrire un livre « L’âge violent, le corps en errance » aux Editions du Seuil.

Des jeunes carencés en fer, vitamine D, suivis par des éducateurs et des juges mais pas soignés

Dinah Verlan témoigne de ces centaines d’adolescents en difficulté qui ont besoin avant tout qu’on les soigne. Leur corps est carencé, ils souffrent parfois de maladies non détectées, de déséquilibre thyroïdien. Autant de troubles qui provoquent des retentissements importants sur leur état général et nerveux. Dans son ouvrage mais aussi devant les professionnels réunis au CIDJ, elle dénonce les failles et les aberrations de tout un système médical, socio- éducatif et judiciaire qui, plutôt que d'aider à se construire, peut parfois nuire à un jeune. A l'origine de ce désastre, un oubli : le corps des ados, et un parti pris : le psychisme, cause de tous les maux.

Pouvoir se confier à …un médecin

Lydia, Djamel, Myriam… Dinah Verlan évoque les histoires des ados qu’elles soigne. Elle parle du cas de ce jeune homme qui souffre d’une malformation génitale jamais repérée. Par pudeur, par honte, parce qu’il ne peut pas parler de son sexe ni à ses parents, ni à ses copains et parce qu’il n’a jamais vu aucun médecin depuis l’âge de dix ans, il n’en parlera jamais. Devenu adolescent, son secret le rend agressif, violent. Exclu du collège, il se comporte comme un petit caïd dans son quartier, commet des délits et va aller d’éducateur en éducateur. Il rencontrera un psychologue à qui il va oser dire furtivement « j’ai le zgueg de travers », mais le psy ne mesurera pas l’importance et la gravité de ce qu’il vient de lui dire. Cet adolescent, dans son parcours chaotique, sera adressé par le biais d’une mission locale à la consultation Espace jeunes de l’Hôtel Dieu, où enfin, grâce à un bilan médical complet, il pourra aborder sa malformation. Opéré deux fois, ce jeune a retrouvé son calme et a pu trouver un travail, il peut désormais se projeter dans l’avenir, imaginer rencontrer une fille, faire des enfants, avoir une vie normale…

Les jeunes ne sont pas suivis médicalement

Dinah Verlan regrette qu’en France, après l’age de six ans et des consultations en PMI, plus rien n’est mis en place pour la santé des jeunes, plus de visite médicale au collège ni au lycée… Avec la disparition du service militaire et des fameux « 3 jours » où les jeunes hommes étaient vus par un médecin, il n’y a plus aucune occasion de visite médicale. « On ne prend pas suffisamment en compte la santé de ces adolescents en situations difficiles » explique Dinah Verlan. Souvent victimes depuis l'enfance d'agressions familiales et sociales, beaucoup de ses jeunes se plaignent du manque d'écoute du personnel hospitalier, des éducateurs, sans parler de leurs parents. « On considère trop souvent que leurs troubles comportementaux relèvent de la santé mentale alors que l'origine peut se trouver dans des carences ou des maladies ».

Des jeunes en rupture qui ont besoin d’être écoutés et respectés

Dinah Vernant constate à quel point leur corps, leur apparence physique, angoisse les jeunes qu'elle reçoit. La plupart lui sont adressé par l'Aide Sociale à l'Enfance et par la Protection Judiciaire de la Jeunesse : 4 000 jeunes de 17 ans en moyenne, depuis octobre 2000 sont venus dans ses consultations. 60 % d'entre eux sont de nationalité française mais la plupart ont vécu hors de France, surtout en Afrique du Nord et en Afrique noire, et 38 % ne sont pas scolarisés. Si ces jeunes acceptent de consulter ce médecin, c'est qu'ils se sentent en confiance et obtiennent des réponses à leurs questions. Dinah Vernant insiste sur le fait qu’elle les vouvoie et qu’elle les rassure en leur rappelant le secret médical. Du coup leur parole intime se libère.

Pourquoi consultent- ils ?

Troubles du sommeil, comportements dits « hyperactifs », souvent violents. Violentés par la vie, ces jeunes deviennent violents à leur tour pour se protéger, appeler au secours. Mais aussi pour se maîtriser eux-mêmes quand ils « ont la rage ». Dinah Vernant le souligne à plusieurs reprises : ces jeunes ont une courageuse volonté de « s'en sortir » malgré ces corps souvent fragilisés, voire violentés: hématomes, plaies et bosses quand leurs proches les battent, parfois violent…

S'y ajoute leur ignorance du fonctionnement de leur propre corps et de leur sexualité. Un jeune homme, vient la voir, craignant que sa copine ne soit enceinte par un baiser. Ces adolescents, souvent tiraillés entre deux cultures, ont le sentiment que la société leur refuse le droit de vivre. « Ils me calculent pas » déclare l'un d'eux. Traduction : « Je ne compte pas pour eux. » Car au défaut d'écoute des juges, éducateurs ou policiers s'ajoute la grande difficulté de ces jeunes à s'exprimer correctement en français, et ils sont conscients de ce handicap. Plus leur vocabulaire est pauvre, leur syntaxe chaotique, plus ils communiquent avec violence. Dinah Vernant note leur attachement au dictionnaire, dont certains font même leur livre de chevet.

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Sources :
- Rencontre RPIJ au CIDJ à Paris, novembre 2007.

- « L’âge violent » de Dinah Verlan. Editions du Seuil.

Lire aussi : Adolescence et souffrance : un duo dévastateur


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Barbara Muntaner, décembre 2007 – barbaramuntaner@cidj.com

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